Compte-rendu du débat du 17 mai 2018 sur l’immigration,

clôturant le second cycle

 de l’Atelier « Livres et questions de notre temps ».

 

 

         S’il est aujourd’hui un sujet de société qui fait couler beaucoup d’encre dans ce qui reste de presse écrite, beaucoup d’eau pour faire tourner les moulins à paroles des promesses électorales, et beaucoup d’autres liquides pour alimenter les discussions des « Cafés du commerce » de l’Hexagone, c’est bien l’immigration, la façon dont cette réalité est ressentie, et la façon dont elle est traitée par les politiques publiques.

 

Sujet brûlant, souvent clivant, à propos duquel tous ou presque ont une opinion, souvent tranchée, parfois argumentée et documentée, mais souvent aussi appuyée sur des a priori ou préjugés

 Ceci n’a pas découragé, bien au contraire, les animateurs du nouvel atelier de l’UTL « Livres et questions de notre temps », Frédéric Gelber et Georges Lance, qui ont proposé, pour leur second atelier de l’année 2017-2018, une réflexion sur l’immigration, appuyée notamment sur le livre de Catherine Withol de Wenden (« L’immigration » éd. Eyrolles). 

Une conférence-débat, ouverte à tous, a clôturé ce cycle de réflexion, le 17 mai, dans l’amphi du STAPS, bien rempli à cette occasion.

Les animateurs de l’atelier avaient convié un représentant du Réseau Education sans Frontières, M. Laurent ROUGE, et M. Dominique BAUDON, biologiste, pour échanger et débattre autour de trois questions, conçues par l’atelier comme axes d’approche des questions soulevées par l’immigration :

-       Quelle est la politique de la France en matière d’immigration, et est-elle adaptée aux réalités et enjeux des migrations ? Les limitations apportées aux arrivées de migrants sont-elles compatibles avec notre conception des Droits de l’Homme ?

-       Que penser des réactions des populations « autochtones » face au phénomène de l’immigration ?

-       Comment accueillir pour mieux intégrer ? Quel contrat d’intégration faudrait-il proposer ?

En guise d’introduction au débat, un remarquable petit documentaire de quelques minutes, conçu et réalisé par les animateurs de l’atelier, permettait de retracer la longue migration d’un jeune Camerounais, à travers déserts et autres lieux inhospitaliers, imprévus, embûches et rackets, puis sa traversée périlleuse de la Méditerranée avec escale à Lampedusa, jusqu’à son arrivée en Béarn ; voyage épuisant, rapidement suivi par un autre parcours d’endurance : les démarches à accomplir pour l’obtention d’un titre de séjour…. qu’au bout de quatre ans, il n’a toujours pas obtenu.

Le film avait également été conçu comme un support pour fournir quelques données chiffrées sur l’immigration (qui font ressortir que son augmentation reste limitée en France), sur les principaux  flux migratoires (qui n’ont pas essentiellement pour destination l’Europe de l’Ouest), rappeler la diversité des raisons qu’ont les migrants de quitter leur pays (conflits armés, régimes dictatoriaux, misère, désir de tenter leur chance ailleurs…), et présenter succinctement le cadre législatif et les procédures applicables aux demandes de régularisation (droit d’asile, statut de réfugié…), qui constituent un parcours dont on comprend qu’il a de quoi décourager ceux qui ne viendraient que pour profiter de nos « allocs ».

Dans leurs réponses aux trois questions posées, les deux intervenants, tout en se plaçant dans des approches un peu différentes face aux défis posés par l’arrivée de migrants, allaient se rejoindre sur bien des points, notamment sur la nécessaire solidarité dans l’accueil des migrants :

- la présentation de M. Rougé était plus politiquement engagée, en particulier du côté des Droits de l’Homme et de la critique de la politique de la France en matière d’immigration (« parlons d’hospitalité plutôt que de menaces, de personnes plutôt que de flux ou même d’invasion » ; « rappelons les principes posés par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention Européenne des Droits de l’Homme » ; « élargissons les grands principes qui fondent notre République à leurs corollaires : Liberté… donc liberté de circuler, et d’avoir une vie privée ; Egalité : donc sans exigences démesurées par rapport à ce qui est demandé aux nationaux ; Fraternité … et droit d’asile » ; « refusons l’instrumentalisation anxiogène des questions posées par l’immigration »).

M. Rougé exposa, chiffres à l’appui, quelles sont les conditions matérielles de séjour des migrants.

Quant à leur intégration, il insista sur les conditions essentielles que sont le logement,  le travail et la scolarisation des enfants.

 

- Dans sa façon de répondre aux questions, on comprenait le double souci de M. Baudon pour la nécessité de la cohésion du corps social et du respect de la Loi, sans pour autant faire fi des exigences de la solidarité à l’égard des migrants. 

Dans ses réponses, il rappela les fondements constitutionnels et législatifs du traitement de l’immigration (Droits de l’Homme - respect du droit de circulation - modalités d’acquisition de la nationalité française – droit d’asile …), et insista sur le nécessaire respect par les migrants de ce qui fonde notre socle culturel commun.

Il rappela aussi quelle a été la place des différents courants migratoires dans notre histoire nationale. 

Concernant la cohésion du corps social, il rappela que, si les migrants ont un devoir d’intégration (à ne pas confondre avec l’assimilation), les Français de souche ont, eux, un devoir d’ouverture à d’autres cultures que la leur. Il donna quelques clés de compréhension à travers quelques exemples de la vie quotidienne.

La connaissance mutuelle deviendrait ainsi un antidote aux rejets et aux peurs, souvent suscités par l’ignorance.

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Dans ce type de rencontres, sur un sujet de société souvent polémique, entre des personnalités aux expériences et engagements différents, on espère souvent une confrontation verbale, plus ou moins sereine, plus ou moins passionnée, dans laquelle certains auditeurs essaient de situer leurs propres opinions et sensibilités, voire de prendre ouvertement parti pour l’une ou l’autre des opinions exprimées, en exposant à leur tour leurs arguments, de façon parfois véhémente. 

Ce ne fut pas le cas le 17 mai… Les échanges entre les deux intervenants, même si leurs expériences et probablement leurs priorités étaient différentes, restèrent courtois, emprunts d’écoute et de respect mutuel des opinions exprimées, ….et peut-être finalement révélateurs d’un accord sur l’essentiel des réponses à apporter aux questions posées ?

Les questions du public de l’UTL, à leur tour, peut-être par contagion de cette modération, peut-être du fait d’une certaine homogénéité socio-culturelle dans la fréquentation de l’UTL, n’allaient pas davantage s’engager dans la confrontation d’opinions très tranchées et polémiques que l’on retrouve pourtant souvent dans les expressions de l’opinion publique sur le sujet de l’immigration.

Certains ont-ils trouvé ce débat trop consensuel et trop serein ? Certains ont-ils regretté de ne pas oser exprimer ouvertement leurs inquiétudes, voire leurs mouvements d’humeur ? 

Pour ma part, j’ai retiré de ce débat le désir de m’informer davantage sur cette question prégnante qu’est l’immigration. 

Ce débat et, dans son prolongement, la bibliographie fournie par les animateurs, nous ont permis une approche objective, et l’actualité de cet été 2018 nous a confirmé que ce devoir citoyen d’information est impératif.

Merci aux animateurs, aux intervenants, et aux adhérents de l’UTL qui ont préparé ce débat !